Des mots tirés par les cheveux

Si vous vous posiez des questions sur la signification d'un mot que vous entendez souvent, nous en réunissons ici l'histoire de quelques uns.

Cette liste s'allongera, n'hésitez pas à nous faire part de vos trouvailles en la matière ou à nous signaler une erreur en utilisant le formulaire de contact.

 

Un peu d'humour et de poésie...

Le chien de mon coiffeur (histoire vraie) par Jules JOUY

Chez mon coiffeur, ru’ Saint-Lazare,
Toute la journée on peut voir
Un superbe caniche noir
Dont l’allure  est vraiment bizarre.
Immobile, les yeux brillants,
Comme un soldat montant la garde,
Attentivement, il regarde
Fair’ la barbe à tous les clients.

De son maîtr’ constatant l’adresse,
Sans jamais sortir sur l’trottoir,
Au maniement de chaqu’ rasoir,
On jurerait qu’il s’intéresse.
Tous les habitués, ravis,
S’esclaffent, voyant ses allures,
Car, sur le bon goût des coiffures,
Il semble donner son avis.

Voulant m’expliquer l’attitude
Du chien, j’interrogeai l’coiffeur.
I’ m’ répondit, d’un air d’humeur :
« cher Monsieur, c’est son habitude. »
j’eus beau livrer à son rasoir
mon menton quatre mois de suite,
j’eus beau lui coller cuit’ sur cuite,
je ne pus jamais rien savoir.

Ayant bazardé sa boutique,
Ce matin il me prend à part
Et m’dit : « d’mon secret j’vais vous
Fair’ part,
Car je n’crains plus d’perdr’ la pratique.
J’vais vous dir’ pourquoi mon cabot
Au travail me guette et m’surveille :
Quand je coupe un p’tit bout d’oreille
C’est lui qui boulott’ le morceau. »

Arriver comme un cheveu dans la soupe

Si le mot 'soupe' est ici à prendre au sens plus large de 'nourriture', il n'est pas besoin d'imaginer une explication tirée par les cheveux ou de beaucoup réfléchir pour comprendre la métaphore.

En effet, qui apprécie de voir un cheveu délicatement posé sur le contenu de son assiette, d'autant plus quand celui-là est gras et accompagné de quelques pellicules ou de lentes ?

Bizarrement, ce n'est pas la saleté que l'expression évoque, ce qui semblerait naturel, mais le côté incongru, mal venu de ce tif arrivé là très malencontreusement (probablement en raison de ce que peut penser la maîtresse de maison lorsqu'elle dépose l'assiette remplie devant le convive tout en constatant l'horreur).

Cette expression semble n'être attestée qu'au tout début du XXe siècle.

 

Tirer par les cheveux

À une lointaine époque où on savait encore s'amuser, un des supplices classiques consistait à attacher quelqu'un par les cheveux à la queue d'un cheval qui tirait ensuite la personne jusqu'à ce que mort s'ensuive.
On pouvait alors dire que cette personne était à la fois tirée par les cheveux et tirée par les chevaux.
Ce qui n'a, bien entendu, aucun lien avec notre expression qui, sous une forme un peu différente, date du XVIe siècle.

En effet, à cette époque, déjà, l'évêque Jacques Amyot (Lien externe) parlait ainsi des interprétations capillotractées que certains voulaient tirer de certaines oeuvres poétiques : "quelques-uns les tordant à force, et les tirant, comme l'on dit, par les cheveux, en expositions allégoriques".
La raison de ce lien entre "tiré par les cheveux" et "alambiqué" ou "peu naturel" n'est pas bien claire.
Vient-elle d'un supplice où la personne torturée se faisait tirer les cheveux avec force et finissait, mais comme avec n'importe quelle autre torture, par avouer tout ce qu'on voulait lui faire dire, y compris des choses complètement aberrantes ? Rien ne semble le confirmer vraiment.
Est-ce cela vient du fait que quand on maintient quelqu'un fermement par les cheveux, on peut le forcer à obéir ? On rejoindrait alors les sens de "forcé" ou "peu naturel". Là encore, ce ne sont que des suppositions.

Une chose est sûre, ce n''est qu'en 1636 apparaît la locution "tirer quelque chose par les cheveux" pour dire "alléguer quelque chose de forcé".
Cela rejoint bien notre expression mais n'en explique pas pour autant l'origine réelle.

 

Couper les cheveux en quatre

C'est au XVIIè siècle qu'est apparue cette expression sous la forme "fendre les cheveux en quatre".
Elle figure un soin excessif pris pour faire quelque chose.
On peut en effet imaginer qu'essayer de couper un cheveu en quatre est perdu d'avance et surtout inutile.
moi, personnellement, je préfère parler de tétracapillectomie

 

L'invention du rasoir moderne

Le rasoir moderne en forme de T  apparait à la fin du XIXème siècle aux états-Unis. Mais un jour, M. Gillette, originaire de New York, représentant de commerce de son état, réfléchit à la façon de faire fortune. Un ami inventeur lui donne le précieux conseil de travailler à un objet que l'on utilise régulièrement mais qu'on serait obligé de remplacer. Alors qu'il est enfermé chez lui a travailler sur plusieurs projets, un matin, son rasoir est hors d'usage et il faut la faire affuter. A moins... d'acheter une nouvelle lame. Le rasoir à lames jetables vient de naître.

 

 

Coupe-chou

L'appellation du fameux rasoir coupe-chou vient d'un terme d'argot . Pour les non-initiés, le chou désignait la tête. Toutefois, l'association du mot « coupe » n’est pas lié directement au danger de son utilisation. En réalité, dû à l'approvisionnement en munitions catastrophique des premières lignes pendant la guerre de 14-18, les soldats étaient contraints de se battre avec les moyens du bord, en l'occurrence, leur « rasoir sabre » ou « rasoir couteau ».

 

 

Poilu

On pense souvent, à tort, qu’on a appelé le soldat français de 1914 le « poilu » à cause du manque d'hygiène imposé par la vie dans les tranchées. En réalité, c'était plutôt un terme employé pour désigner l'admiration envers des hommes qui « en avaient », des « couillus ».